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Prix du Jeune Ecrivain
participez !
La Remise du 23ème Prix a eu lieu...
Bonheur de la jeune écriture
 Bonheur de la jeune écriture  


12 octobre 2007, 13 lauréats récompensés par le 23ème Prix du Jeune Ecrivain - PJE ! Ils s’offrent une conférence au lycée Louis Aragon : salle bondée, lycéens attentifs, écrivains épanouis. Première étape du rêve-réalité ! le jeune talent affirmé, la curiosité des autres aiguisée, le questionnement des journalistes, tout cela n’est pas pure imagination.

Entrer ainsi en littérature, si visiblement célébrés, donne encore plus le vif désir d’écrire...Cependant la belle aventure ne finit pas là. Après leur participation aux ateliers d’écriture des bords de Save, grâce à une bourse de l’association du PJE, ils quitteront la région Midi-Pyrénées pour Paris. C’est au Salon du Livre, au mois de mars prochain qu’ils signeront le recueil de nouvelles récompensées.

Alors être jeune et écrire ne signifie pas toujours vivre en galère, mais être reconnu en tant qu’écrivain. Au bonheur d’écrire une nouvelle face à l’écran plat de l’ordinateur s’ajoute celui de sa métamorphose ; celui de la voir paraître en vrai, la toucher, la regarder, la signer…

Toutefois être remarqué par le jury du PJE veut dire aussi émerger des neuf cents à mille deux cents textes, sélectionnés préalablement par le travail remarquable des comités de lecture. Au final, restent seulement treize lauréats, jeunes écrivains originaires de France et d’ailleurs.

Les critères de sélection, repères évidemment subtils pour les jurés, s’attachent au sens, à la raison d’être de la nouvelle et à la forme originale qui en est le révélateur.

Littérature de la « mal vie »

Ecrire en sa jeunesse, est-ce simplement un acte inconscient ? Le dénominateur commun à ces jeunes lauréats est la persistance, dans leurs œuvres, d’un climat pessimiste : suicide, non-dits, solitude, incommunicabilité... La vie est perçue comme défaite et la seule mission qui resterait alors à l’écriture serait de la comprendre, la percer à jour ; à seule fin d’examiner les bribes d’une existence dont le sens échappe...

Cette démarche, ouverte sur le monde, implique la question sur l’Histoire de notre temps, son alliance avec la création, sachant que le contexte historique ne diffère pas simplement sur le plan individuel mais aussi sur le plan culturel.

Du côté des auteurs français, si pour Constance Lefèvre, auteur de Carambolés, la genèse de la nouvelle reste un embryon ancré dans un moi « qui n’a pas à dire sa raison d’être » ; pour le jeune auteur de 16 ans, Camille Buat , avec La Rue, l’isolement de l’homme et l’incommunicabilité de notre époque persistent dans un lieu voué à l’ouverture, comme si espace extérieur et espace intérieur se confondaient, livrant la solitude de l’être. Ce même isolement se creuse dans la nouvelle Je suis né vermisseau, de Marie Bochet, même si l’Histoire est rattrapée par les progrès de la Science. Dans la nouvelle de Clément Sarrazanas, Jardinerie, l’Histoire de notre époque jaillit par le biais du choc de civilisation ; le commerce du corps, perçu comme une simple consommation de grande surface, souligne les frustrations de l’homme.

Quant à l’écriture québécoise, dans la nouvelle d’Eric Vignola, La sœur en bleu, et celle de Vincent Grégoire, L’œuf ou la chandelle, c’est le suicide et la hantise du déclin qui frôlent la fiction. « C’est au Québec que les gens se suicident le plus ! » affirment les deux québécquois. Cette veine du mal-être contemporain détourne au profit de la nuit ce qui appartient au jour, à la vie ; « comme si l’homme restait enchaîné à la vie par la mort et par la peur » dit Patoçka. Venus des pays où la frontière entre le bien et le mal est plus visible que les subtils camouflages des sociétés modernes, certains écrivains adoptent une attitude plus engagée.

La dénonciation du « mal visible » et actuel n’estompe pas pour autant le passé colonial. L’écriture engagée reste donc plus ouverte face à cette conscience collective, conditionnant toujours l’imaginaire de l’auteur : ainsi la nouvelle du haïtien Marvin Victor, Je, moi, moi-même, chimères d’un adolescent frôlant les désillusions de la vie où tout devient impasse, la nouvelle d’Esther la Perle Zambo Wondje, La danse des mouches, où le désespoir des personnages et leur peur tissent la fiction, et Harrag !!! du marocain Samir Harrouni, propos sur l’angoisse existentielle des clandestins, face aux frontières du paradis perdu.

Les nouvelles de ces jeunes écrivains sont une réflexion sur l’homme ; « l’aliment qu’ils nous proposent ici n’est autre que la nature humaine » écrit Kundera à propos de la prose en son essai le Rideau. Dans une société, où le pouvoir en place fait croire que le monde s’épuise vers la raison, les nouvelles de ces jeunes écrivains démontrent que tout échappe à l’homme, que le progrès lui-même ne résout pas la difficulté d’être au monde, ni le mal qui domine ; tout tend vers la mécanisation obstinée. L’écriture serait alors un acte de libération, une sorte d’éveil racontant les incertitudes de la vie, le doute et l’illusion sans cesse s’insinuant : une appréhension des replis et des coins les plus dissimulés, les plus enfouis de l’être. N’est-ce pas la vocation de toute littérature ?

Ketrin Leka, Master 2 de Littérature française et comparée – Paris IV Sorbonne ; stagiaire aux ateliers d’écriture de Lombez.