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Actualités littéraire et éditoriale
Les coups de coeur
L’Ame frère par Gilles Jobidon
 L’Ame frère par Gilles Jobidon 
Ed. VLB 2005 - Montréal/Québec - Canada

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septembre 2006
par Claudine Marconis
La production littéraire québécoise est riche, variée. Elle est, pour nous, de France, une source de bonheurs renouvelés. Lisant les romanciers québécois, il nous semble mieux entendre notre langue ; il nous est donné de la savourer de manière nouvelle car elle est accommodée d’une autre façon. Nous présenterons aujourd’hui un roman de Gilles Jobidon : L’Ame frère, édité par VLB editions, en 2005.

C’est un roman court (127pages), dont l’action se situe vers la fin du XVIIe siècle. Où ? On ne sait pas exactement. L’auteur, à la première page, écrit :

L’hiver est bien fini mais on ne sait jamais.
Cela se passe, s’est passé dans un pays qui n’est pas dit. Passé-le mot est joli. C’est un mot doux. Un chaton d’arbre qui glisse sur la peau de l’air envolé.

Le ton est donné dès les premières lignes.
L’écriture sera plus évocatrice, suggestive, que détaillée, exhaustive. La poésie aura sa part, et le silence.
L’histoire tient en trois lignes : c’est celle de Jean Fillio, jeune homme de vingt ans, mis au ban de la colonie, puis déporté vers les îles à cause de sa liaison avec Nicolas d’Aucy, homme de quinze ans son aîné, marié, père de plusieurs enfants.
Le roman, d’une grande pudeur, d’une grande délicatesse, s’ouvre sur la découverte des amants, leur procès, leurs supplices, dans une langue minimale, où chaque mot est nécessaire, à sa place ; où chaque phrase, courte, dépouillée, a sa juste balance. Le ton est celui de la tendre compassion. A côté de l’horreur des sévices où quelques notations suffisent, il y a la poésie . Pour survivre. Tel ce début de lettre de Jean Fillio, emprisonné, à Nicolas, son amant :

Un vent à desserrer les poings caresse les cheveux des arbres, fait frémir la côte, rejoint ses paupières de sable, feint de mourir, là où mes yeux vous cherchent encor, mon âme frère, mon tendre tendre, au plus loin, aux hanches floues de la mer.

La suite du roman rompt avec la chronologie. C’est l’enfance de Jean qui est abordée : la naissance sur un bateau de l’exil, la mort de la mère Jeanne, le père élevant seul l’enfant. De ce passé, quelques moments seulement sont présentés, avec peu de détails, juste ce qu’il faut, par une succession de courts paragraphes très choisis, composés comme des morceaux de musique, qui frappent par leur expressivité. Ainsi l’évocation de la solitude de Pancrace, le père de Jean :

C’est le soir. Il est seul. Le regard sur la braise, il boit une tassée de vin chaud. Il s’ennuie de la Jeanne, de son rire, sa peau douce, ses formes belles, rondes comme un luth, de tout ce qu’elle lui faisait de bleu dans la tête. Il s’endort sur la chaise, la celle qu’il a portée du vieux pays. Il n’a plus de rêves.

Vient ensuite l’épisode douloureux de la maison religieuse où Jean adolescent subit le désir de M.de Fougères, très respectable homme d’Eglise. L’attirance de M.de Fougères pour Jean est dite ainsi :
Du fait de la beauté qu’il lui trouve, Monsieur de Fougères ne peut soutenir la vue de Jean Fillio. Lorsqu’il le voit, il devient triste, on dirait qu’il est pris de vertige, que son cœur le quitte. Il ne laisse rien paraître. Il passe son chemin dans dire. Dès le premier regard que Jean a posé sur lui, la mort est entrée au fond de ses yeux.

Dans la seconde partie du roman, on est sept ans après le procès, l’exil de Jean Fillio, le suicide de Nicolas d’Aucy. Jean est médecin dans les Iles où il a été déporté. Blanche, fille de Nicolas d’Aucy, retrouve la trace de Jean et part à sa recherche. Avant le drame, toute jeune fille, elle a été amoureuse de Jean. Elle sait tout de la liaison de son père Nicolas et de Jean, du drame, des circonstances de la mort de son père.