C’est un roman court (127pages), dont l’action se situe vers la fin du XVIIe
siècle. Où ? On ne sait pas exactement. L’auteur, à
la première page, écrit :
L’hiver est bien fini mais on ne sait jamais.
Cela se passe, s’est passé dans un pays qui n’est pas dit. Passé-le
mot est joli. C’est un mot doux. Un chaton d’arbre qui glisse sur la peau
de l’air envolé.
Le ton est donné dès les premières lignes.
L’écriture sera plus évocatrice, suggestive, que détaillée,
exhaustive. La poésie aura sa part, et le silence.
L’histoire tient en trois lignes : c’est celle de Jean Fillio, jeune homme
de vingt ans, mis au ban de la colonie, puis déporté vers
les îles à cause de sa liaison avec Nicolas d’Aucy, homme de
quinze ans son aîné, marié, père de plusieurs
enfants.
Le roman, d’une grande pudeur, d’une grande délicatesse, s’ouvre
sur la découverte des amants, leur procès, leurs supplices,
dans une langue minimale, où chaque mot est nécessaire, à
sa place ; où chaque phrase, courte, dépouillée, a
sa juste balance. Le ton est celui de la tendre compassion. A côté
de l’horreur des sévices où quelques notations suffisent,
il y a la poésie . Pour survivre. Tel ce début de lettre de
Jean Fillio, emprisonné, à Nicolas, son amant :
Un vent à desserrer les poings caresse les cheveux des arbres, fait
frémir la côte, rejoint ses paupières de sable, feint
de mourir, là où mes yeux vous cherchent encor, mon âme
frère, mon tendre tendre, au plus loin, aux hanches floues de la
mer.
La suite du roman rompt avec la chronologie. C’est l’enfance de Jean qui
est abordée : la naissance sur un bateau de l’exil, la mort de la
mère Jeanne, le père élevant seul l’enfant. De ce passé,
quelques moments seulement sont présentés, avec peu de détails,
juste ce qu’il faut, par une succession de courts paragraphes très
choisis, composés comme des morceaux de musique, qui frappent par
leur expressivité. Ainsi l’évocation de la solitude de Pancrace,
le père de Jean :
C’est le soir. Il est seul. Le regard sur la braise, il boit une tassée
de vin chaud. Il s’ennuie de la Jeanne, de son rire, sa peau douce, ses
formes belles, rondes comme un luth, de tout ce qu’elle lui faisait de bleu
dans la tête. Il s’endort sur la chaise, la celle qu’il a portée
du vieux pays. Il n’a plus de rêves.
Vient ensuite l’épisode douloureux de la maison religieuse où
Jean adolescent subit le désir de M.de Fougères, très
respectable homme d’Eglise. L’attirance de M.de Fougères pour Jean
est dite ainsi :
Du fait de la beauté qu’il lui trouve, Monsieur de Fougères
ne peut soutenir la vue de Jean Fillio. Lorsqu’il le voit, il devient triste,
on dirait qu’il est pris de vertige, que son cœur le quitte. Il ne
laisse rien paraître. Il passe son chemin dans dire. Dès le
premier regard que Jean a posé sur lui, la mort est entrée
au fond de ses yeux.
Dans la seconde partie du roman, on est sept ans après le procès,
l’exil de Jean Fillio, le suicide de Nicolas d’Aucy. Jean est médecin
dans les Iles où il a été déporté. Blanche,
fille de Nicolas d’Aucy, retrouve la trace de Jean et part à sa recherche.
Avant le drame, toute jeune fille, elle a été amoureuse de
Jean. Elle sait tout de la liaison de son père Nicolas et de Jean,
du drame, des circonstances de la mort de son père.