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Prix du Jeune Ecrivain
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Les jeunes et l’engagement dans l’écriture

L’écriture, chez les Francophones surtout, répond souvent à ce besoin d’urgence, car la parole ne suffit pas et le cri est éphémère.

 Les jeunes et l’engagement dans l’écriture  
Débat organisé par la Société des Gens de Lettres et le Prix du Jeune Ecrivain animé par Christiane Baroche et Paul Fournel

L’Expérience du prix du Jeune Ecrivain et du Prix du Jeune Ecrivain Francophone

Un débat a été organisé le samedi 24 mars 2007 au Salon du Livre de Paris par la Société des Gens de Lettres et le Prix du Jeune Ecrivain en présence d’écrivains des deux Jurys, de Dominique Mainard, lauréate 1991 et de lauréats des deux Prix

Débat animé par Christiane Baroche, Prix Goncourt de la Nouvelle de la SGDL 1994 et Paul Fournel, Prix Renaudot des Lycéens 1999

Avec le soutien de la Fondation BNP Paribas et de l’Organisation Internationale de la Francophonie

Les jeunes et l’engagement dans l’écriture

A l’origine du Prix du Jeune Ecrivain, il y a 23 ans, figurait le pari que les jeunes, malgré le développement de la télévision et de Big Brother, étaient toujours aussi nombreux à vouloir écrire.

Une enquête de l’Ecole des Lettres qui date de 1992 montre que chez les lycéens, 6 jeunes sur 10 écrivent des nouvelles, des poèmes, des lettres pour le plaisir, hors de toute commande professorale.

Cette conclusion, le Prix du Jeune Ecrivain l’a vérifiée hautement, puisqu’en 23 ans, plus de 15 000 manuscrits nous sont parvenus de France et de plus de 60 pays francophones.

Pourquoi donc ces jeunes âgés de 15 à 25 ans (15 à 27 ans pour les francophones) écrivent-ils ?

Une réponse, telle la boutade de Samuel Beckett s’exclamant « Bon qu’à ça », ne convient pas ici.

1) Le besoin d’écrire ne traduit pas seulement le désir de paraître ou le contentement de soi. Il ne s’agit pas davantage de prolonger des exercices scolaires ou de passer le temps. Peut-être s’agit-il d’imiter les grands aînés ? Nos jeunes n’ont-ils pas appris que les écrivains reconnus qu’ils lisent et apprécient ont souvent commencé très tôt à écrire et qu’ils furent eux-mêmes de jeunes écrivains, tel Flaubert à l’âge de 8 ans ? Attitude répréhensible ? Que non pas ! Comme l’écrit Danielle Sallenave : « accepter l’influence est sans doute la seule manière de transformer la réminiscence involontaire et le cliché en travail conscient d’inscription de son propre projet dans la langue ». Et puis la France et avec elle la Francophonie, n’est-elle pas, pour reprendre la thèse de Pierre Lepape, le Pays de la Littérature, où tel chef d’Etat confie qu’il rêvait d’être Flaubert ou Maupassant ?

2) Donc guère de volonté d’imitation ou contentement de soi. Pour Roger Vrigny, « ce serait plutôt le contraire ». Le besoin d’écrire correspond souvent à une impression de manque, à un malaise intérieur qui cherche à s’exprimer : « on écrit pour se sauver, pour ne pas mourir à petit feu », pour « des raisons souvent humbles, secrètes, inavouables et qui gagnent, ajoute Danielle Sallenave, à rester cachées ». Le Clézio nous dit que le besoin d’écrire lui est venu pendant son enfance à Nice, quand il ne pouvait descendre dans la cour se mêler aux jeux des enfants de son âge, en pleine période d’occupation.

3) En réalité, on écrit surtout par besoin. Ecoutons Sébastien Cordie, lauréat en 1988 du Prix du Jeune Ecrivain : « l’écriture m’habite en permanence, c’est une question de besoin plus que d’envie. Une nécessité qui ne répond à aucune initiative véritablement préméditée, à aucun effort préalable. Je me mets, je me soumets à l’écriture parce qu’il le faut, pour quelque exaltation ou pour me soulager d’un poids devenu trop lourd ».

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Signature sur le stand des Editions Buchet-Chastel
de gauche à droite Charles Tenguene Gomtsou, Rémi Faure, Kaouther Adimi, Aurélien Molas, Fiona Moréno (en arrière plan), Floriane Olivier et Dorothée Copel, lauréate du PJE 2004.
Pour vivre par procuration plusieurs vies à la fois, pour éprouver l’illumination, coucher sur le papier des sentiments intimes, s’évader vers des pays imaginaires et obtenir en même temps que la reconnaissance d’autrui, sa propre délivrance, parvenir à une catharsis. Pour comprendre également le monde, crier sa révolte et sa colère et dénoncer ses horreurs. L’écriture, chez les Francophones surtout, répond souvent à ce besoin d’urgence, car la parole ne suffit pas et le cri est éphémère. La fiction mieux que le reportage cerne et dénonce un monde de violence, d’oppression, d’enfants guerriers, de pandémies. Défier le monde ou le rêver. Obtenir, par l’écriture, que le rêve devienne réalité.

Enfin écrire permet de mieux comprendre sa vie. Daniel Guérin, également lauréat du Prix du Jeune Ecrivain, nous confie : « aligner des phrases m’éclaire davantage sur ma vie que toutes les méditations que je pourrais faire ». A moins qu’il s’agisse aussi de se mentir à soi-même par le truchement de son texte.

On se souvient de la recommandation de Rilke à Kappus : « entrez en vous-même, cherchez le besoin qui vous fait écrire. Mourriez-vous s’il vous était défendu d’écrire ? Si vous répondez oui, alors arrêtez vous tout de suite ».

Près de 20 jeunes lauréats de nos Prix sont devenus des écrivains. A la fois pour exprimer l’angoisse, l’exaltation de vivre et l’ambiguïté de toute vie. Comme ce fut le cas de leurs aînés de tous les temps. Quelles qu’elles soient, les motivations des jeunes écrivains sont sans nul doute tout aussi variées que celles de leurs aînés.

Marc Sebbah
Pour l’équipe du Prix du Jeune Ecrivain


Débat au Salon du Livre 2007
de gauche à droite Dominique Mainard, Charles Tenguene Gomtsou, Christiane Baroche, Rémi Faure, Paul Fournel, Jean-Baptiste Garcia, Valérie Cachard

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