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Prix du Jeune Ecrivain
Francophone
Libre éloge de la langue française
 Libre éloge de la langue française 


De temps à autre, il est bon et juste
de conduire à la rivière
la langue française
et de lui frotter le corps
avec les herbes parfumées
qui poussent bien en amont
de nos vertiges d’ancien nègre marron

Ce beau travail me fait avancer à cheval
sur la grammaire de notre Maurice Grevisse :
la poésie y reprend du poil de la bête
mes mots de vieux nomade ne regrettent rien
ils galopent de cicatrice en cicatrice
jusqu’au bout de leur devoir de tendresse.

Debout sur les cendres de mes croyances
mes mots s’élèvent sur tout espoir vrai
au gré des flots émerveillés de ma candeur.
Mes mots ont la vigueur d’un épi de maïs
mes mots à l’aube ont le chant pur de l’oiseau
qui ne vend pas ses ailes à la raison d’Etat.
Mes mots sont seulement des matins de labours
éblouis de sève qui forcent avec amour
les portes du désert cubain qu’on leur a fait.

Ce sont les mots frais et nus d’un Français
qui vient de tomber du ventre de sa mère ;
(…)
Laissez-moi apporter les petites lampes
de la créolité qui brûle en aval
des fêtes et des jeux vaudou de mon enfance :
les mots créoles qui savent coudre les blessures
au ventre de la langue française,
(…)
oui je chante la langue française
qui défait joyeusement sa jupe
ses cheveux et son aventure
sous les mains amoureuses de potier.