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Prix du Jeune Ecrivain
Francophone
Qui sont les jeunes écrivains francophones ?

Qui sont ces jeunes écrivains de langue française ?

 Qui sont les jeunes écrivains francophones ? 


Les bénévoles de l’associations, lecteurs attentifs de la totalité des manuscrits sont une mémoire précieuse pour comprendre et analyser les thèmes les espoirs et les projets littéraires de tous ces jeunes écrivants de langue française.

QUELS THEMES POUR LES JEUNES ECRIVAINS ?

Alors que l’étude approfondie réalisée par A. M. Autissier et ses étudiants porte sur un petit nombre de textes lauréats écrits par de jeunes français et des jeunes non français, les quelques données recueillies ici par les membres du comité de pré-sélection du PJEF résultent d’un survol d’environ 850 manuscrits, finalistes ou non, édités ou non, écrits exclusivement par de jeunes « francophones », textes reçus au cours des 5 dernières années. De 2003 à 2007, incluant donc les textes publiés aujourd’hui par Buchet-Chastel sous le titre : Dans le lit du Rhône et autres nouvelles.

LES THEMES LES PLUS FREQUENTS DANS LES MANUSCRITS FRANCOPHONES :
Lorsqu’on essaie de répertorier les différents thèmes abordés par les « jeunes écrivains francophones » une évidence s’impose très vite : il faut faire une distinction entre les thèmes traités par les Africains et ceux abordés par les autres. En effet, il y a dans les textes africains une prédominance de thèmes qui ne sont que très rarement abordés par les autres et il y a, d’autre part, un bon nombre de sujets traités par tous mais de façon très différente.
NB : Par « africains » nous entendrons les textes écrits par des jeune gens d’Afrique Noire mais aussi de Madagascar, des Comores ou de Haïti.

LES THEMES RECURRENTS DANS LES MANUSCRITS « AFRICAINS » :
1 La pauvreté
Ce n’est pas forcément le thème principal de tous les manuscrits, mais c’est la toile de fond sur laquelle se déroulent la plupart des récits. C’est la pauvreté de la campagne (sécheresse, guerre…) que l’on essaie de fuir pour aller à la ville (une des images récurrentes est celle du car brinqueballant qui emmène le jeune campagnard vers les « lumières de la ville »). C’est ensuite la misère de la ville avec ses corollaires : (saleté, violence, solitude), où l’on essaie de survivre, le plus souvent dans la rue (ex : Les Beignes du Père Noël, texte écrit par un Tchadien, lauréat en 2004, qui raconte les rêves d’un petit vendeur de beignets ou L’Araignée de tombes qui décrit la vie des « enfants sorciers » c’est à dire des enfants abandonnés - 2005).
La description de la misère en Afrique est parfois insoutenable (ex : Le Ruisseau, premier prix 2006 écrit par un Camerounais, qui décrit un ruisseau putride ou Des points de misère, autre texte camerounais lauréat en 2005, dans lequel deux enfants orphelins se tuent avec de la mort-aux- rats), elle est plus noire encore dans les textes en provenance de Haïti où elle se mêle souvent à la violence et au cynisme. Evolution : Même si en 2008 on peut lire quelques récits qui se passent dans des familles africaines aisées, le thème de la pauvreté est toujours aussi omniprésent. On remarque en fait un plus grand désespoir. En 2003 un bon nombre de textes tentaient de démontrer que « Avec du courage tout est possible » ou de propager le conseil : « Aide-toi, le ciel t’aidera ». Ces textes édifiants et optimistes se font de plus en plus rares.

LES THEMES SUIVANTS SONT TOUS LIES A CETTE DONNEE INITIALE : LA PAUVRETE 2 La corruption
A tous les niveaux de la société : dans l’administration, en politique, au travail, mais surtout à l’université et même à l’hôpital, elle est « pointée », « indexée » (montrée du doigt) comme étant l’une des causes principales du désespoir des jeunes. Ces textes, nombreux, sont parfois larmoyants mais ils peuvent aussi être virulents. Dessous de table, trafics d’influence et droit de cuissage semblent être les seules armes pour réussir. En conséquence, l’opulence est soit un rêve inaccessible, soit le signe extérieur d’une immoralité répugnante.

3 La prostitution
Elle est exclusivement féminine (sauf dans Religion Ya Kitendi, publié en 2005, écrit par une Congolaise dont le « héros » se fait gigolo pour des « fringues » !). Elle est souvent dénoncée comme immorale et liée à la corruption mais elle est aussi souvent montrée comme la solution du désespoir pour les femmes avec les risques qu’elle entraîne, en particulier, le Sida.

4 Le Sida
C’était un des thèmes prédominants jusqu’en 2006. Les textes sur ce thème sont un peu moins nombreux aujourd’hui. Ils sont aussi moins didactiques et plus humains : les récits les plus anciens s’attachaient surtout à mettre en garde les lecteurs contre ce fléau. Aujourd’hui ils mettent plutôt en scène le drame humain et les souffrances de l’exclusion (Ex : La Nonne et le Moucheux, relation émouvante entre un jeune homme qui se meurt du sida et la religieuse qui le soigne, texte écrit par une Haïtienne, lauréate en 2004). La maladie n’est jamais mise en relation avec l’homosexualité mais souvent avec une vie dissolue, la prostitution ( voulue ou subie), le viol …. ou la fatalité.

5 Le Rêve de l’Exil
Ce thème, présent depuis 1999 dans les textes « africains » et maghrébins a été le thème de 2007. Ce n’est pas par hasard si 2 textes publiés aujourd’hui dans Dans le lit du Rhône traitent de ce sujet (Harragh, texte marocain et La danse des mouches, camerounais) Suivant la réalité, le schéma narratif a changé : il y a 5 ans ces récits décrivaient surtout les tribulations du candidat à l’immigration avant le départ, parfois la déception dans le pays d’accueil. Aujourd’hui, les « héros » meurent pendant la traversée du désert, en pleine mer, ou sur les barbelés de Melilla. Ils décrivent aussi la honte des rapatriés, de ceux qui reviennent les mains vides.
On peut lier à ce thème de l’Exil les désillusions causées par les « amours sur internet » qui font miroiter le mythe de l’« ailleurs », thème qui apparaît en 2007.

AUTRES THEMES TYPIQUEMENT AFRICAINS
mais qui ne sont pas nécessairement liés à la pauvreté

1 Superstition / modernité
C’est un sujet en légère diminution mais qui reste très présent dans les textes « africains » et maghrébins. Il oppose les « sages », les anciens, aux plus jeunes, à ceux qui sont allés à « l’école des blancs » Qui l’emporte ? On trouve, semble-t-il, davantage de récits plaidant pour le respect des traditions, adhérant aux croyances ancestrales (marabouts, jeteurs de sort, superstitions, envoûtements…) et souvent même démontrant leur supériorité, que de textes dénonçant des pratiques ancestrales jugées inhumaines ou obscurantistes (le massacre des nouveaux-nés de « la lune noire », les chasses aux sorcières, le rejet des « enfants sorciers », les rites funéraires…). Mais il est très difficile de déterminer si l’écrivain croit aux maléfices, aux cauris, aux sorciers ou s’il les utilise pour leur valeur « exotique » ou pour leur beauté symbolique et poétique, comme c’est le cas pour certains textes proches du conte (Ex : Sous le signe du serpent , texte béninois 2003).

2 La religion
Peu mentionnée dans les autres pays, la religion (catholique ou musulmane) est souvent présente dans les manuscrits « africains » et arabes. L’islamisme y est parfois dénoncé de façon véhémente (ex : Merveille, il a trop plu, texte algérien, premier prix 2004), l’église catholique y est parfois critiquée (on a reçu en 2008 plusieurs textes sur le célibat des prêtres) ou ridiculisée, mais le sentiment dominant est le respect pour les valeurs morales enseignées par les religions. L’insolence existe mais elle est rare.

LES THEMES « UNIVERSELS »
1 L’amour
C’est sans doute le plus universel des thèmes car les quelques 30 romances (idylliques, attendrissantes ou tragiques) que nous recevons chaque année proviennent des 4 points du globe. Dans les textes africains, Roméo appartient à une tribu et Juliette à une autre mais c’est toujours Roméo et Juliette. La mort est très souvent liée à l’amour.
Il existe aussi un certain nombre de textes moins romantiques, purs fantasmes sexuels parfois (en général africains) ou au contraire, problèmes complexes de couples où les relations amoureuses et sexuelles sont conflictuelles et exacerbées. Ces derniers textes sont, en général, l’œuvre de francophones du Nord mais pas exclusivement (ex : Chinook, texte canadien-2003).
L’amour entre homosexuels (ou homosexuelles) n’apparaît qu’en 2004, dans peu de cas et jamais dans des textes « africains ».

2 La famille
Les drames familiaux sont universels mais il est évident que le mot « famille » n’a pas le même sens à Montréal ou à Douala .
En Afrique le mot a un sens beaucoup plus vaste : oncles, tantes, cousins sont acteurs dans les destins qui nous sont contés (le jeune campagnard qui s’en va à la ville faire ses études, par exemple, sera hébergé par un oncle) Les drames sont le plus souvent liés à la misère, au sida, mais aussi à l’affrontement entre la tradition et la modernité. De nombreux textes dénoncent les mariages forcés, l’excision, (un thème qui apparaît en 2005) les rivalités ethniques, le statut de la femme ou de la fille dans la famille, la répudiation de la femme stérile et la polygamie (thème récent) qui sont causes de rupture au sein des familles.
Quant à l’avortement, si on en fait le thème principal du texte, c’est pour le condamner.
En Europe, au Canada, au Liban le drame familial est le plus souvent raconté par l’enfant narrateur. Il est lié au divorce parfois, au sentiment d’incompréhension souvent. L’inceste est de plus en plus souvent mentionné.
(Mandarine, texte canadien primé en 2006, évoque l’inceste frére-sœur). Mais, au Nord comme au Sud, on trouve des textes qui montrent la famille comme le lieu évident de la solidarité (Le Chuchotement des Anges, texte lauréat en 2006, décrit une belle complicité entre une jeune Algérienne et son père). Au Nord comme au Sud, des liens privilégiés se nouent entre les jeunes et les anciens (ex : Des tuiles et des Roses, texte canadien - 2004 ou Sous le Signe du Serpent – Béninois).

3 L’école
Souvenirs d’école cuisants ou attendris, premiers émois amoureux au collège, romances lycéennes, l’école est très présente dans les textes européens, libanais ou canadiens. Mais elle n’est alors qu’un cadre pour des (mini) drames psychologiques ou sentimentaux.
En Afrique Noire, l’école est un enjeu beaucoup plus important. L’éducation qui, il y a 5 ans encore, était présentée comme la vraie clé du succès, apparaît aujourd’hui de plus en plus souvent comme un mythe. On est frappé en 2007 (et plus encore en 2008) par le nombre de textes illustrant cette question : « A quoi ça sert d’avoir des diplômes ? » L’université surtout est décrite comme déliquescente : administration toute puissante, locaux délabrés, « profs pourris », corruption, droit de cuissage …
Au Maghreb aussi, on peut trouver cette vision négative de l’éducation et en des termes plus virulents. Mais l’école reste un combat pour les filles.

4 La guerre Beaucoup de récits africains (Burkina, Tchad, Côte d’Ivoire, Congo, Rwanda) se déroulent dans un contexte de conflits ethniques sanglants. L’amoncellement d’horreurs (attaque du bus par des coupeurs de route, viols, vol, massacre, mutilations, enfants soldats) est tel que le comité de lecture européen est parfois tenté de dénoncer l’outrance. Mais s’agit-il d’outrance ? …
Plus encore qu’en Afrique, c’est cependant dans les textes libanais que la guerre est le plus souvent évoquée. Elle était au cœur d’un récit primé en 2001(L’Obus siffla), elle est toujours là en 2006 (Le Temps en osier) et on la retrouve dans les textes reçus en 2008.

5 La politique
Dénoncer la corruption, l’islamisme, le statut imposé aux femmes, … est pour les jeunes écrivains de certains pays francophones un acte courageux et les récits sur ces thèmes sont nombreux comme nous l’avons vu plus haut. Beaucoup de ces textes semblent bien avoir été dictés par souci de militantisme. Certains, plus proches de l’essai que du récit abordent les problèmes de façon (trop) générale, par exemple un texte intitulé « Y a-t-il un dieu pour sauver l’Afrique ? ». D’autres plus littéraires tentent de mettre en scène de façon dramatisée mais explicite des évènements politiques de leur pays : arrestations arbitraires, emprisonnements de journalistes (Algérie – Le Chuchotement des anges), répression policière des manifestations étudiantes (Merveille, il a trop plu - Algérie), assassinat politique (Liban), etc. Force est cependant de noter que ce genre de textes est en diminution.

6 Mal de vivre - désespoir – suicide
Chez les francophones du Nord et les Libanais qui constituent la majorité des moins de 18 ans, l’écriture est souvent perçue comme le moyen d’exprimer leur « mal de vivre ». Ce désespoir que l’auteur relie à un drame familial, à la perte d’un être aimé ou à l’incompréhension de l’entourage est souvent exprimé sous forme de journal intime (fictif ou authentique), de monologue intérieur ou de lettre. Nous en recevons au moins 30 chaque année. Le désespoir s’exprime parfois par l’anorexie ou la folie (ex : Je ne veux pas, texte écrit par une Belge de 18 ans en 2003). Il aboutit de plus en plus souvent à la tentation du suicide.
On remarque que cette tentation du suicide qui était à peu près absente des textes africains il y a 5 ans commence à apparaître et à progresser. L’auteur, dans ce cas, est plus âgé et le désespoir est l’aboutissement d’un combat épuisant et perdu.

7 Autres récits
Avant de conclure, il nous faut mentionner des catégories de récits qui ne sont pas à proprement parler des thèmes mais plutôt des formes de récits :
Enigmes policières, œuvres de science fiction, textes fantastiques (et aujourd’hui gothiques ou sataniques), textes d’horreur représentent ensemble au moins 30 textes par an avec un pic en 2007 (Progression à suivre). Le « thème » de ces histoires semble la plupart du temps moins important que la forme.
Quant au conte, même s’il figure peu au palmarès des dernières années, il montre une imperturbable persistance avec au moins 30 textes chaque année (beaucoup d’africains mais pas tous). Il faut noter aussi un certain nombre de textes abordant les thèmes de l’écriture, la lecture ou tout simplement l’amour du français (et bien sûr un certain nombre de textes humoristiques).

Conclusion
Ce survol ne saurait être considéré comme exhaustif. Il a seulement tenté de faire apparaître les thèmes les plus fréquents et leur progression depuis 2002. Les autres thèmes abordés par les jeunes « francophones » sont aussi nombreux que leurs auteurs, les plus « ex-centriques » étant parfois les plus informes … et parfois les meilleurs.

Thérèse Mathieu et l’équipe du PJEF

Quelques chiffres

QUI sont les jeunes candidats du PJEF ? Evolution.

AGE :
Ils ont entre 15 et 27 ans, l’âge médian étant 21 ans
En 2008, 30% d’entre eux ont moins de 21 ans et 70% ont plus de 21 ans
En 2004, ils étaient respectivement 36.5% et 63.5 %.
Les jeunes écrivains francophones ne sont pas très jeunes et ils ont tendance à vieillir.

Si l’on compare avec les candidats du PJE, la différence est frappante.
Ceux-ci ont entre15 et 25 ans, l’âge médian étant 20 ans.
En 2008, 62% ont moins de 20 ans et 37% ont plus de 20 ans.

70 % de candidats français de - 20 ans
70 % de candidats francophones de + 21 ans

SEXE :
2/3 des jeunes écrivains francophones sont des garçons (la plupart des manuscrits venant d’Afrique en particulier sont écrits par des garçons)
mais la participation des filles est en hausse (39.2% en 2008 contre 37.5% en 2004)
La comparaison avec les candidats du PJE est, là aussi, frappante :
En 2008, 71% des candidats PJE sont des filles, 29% sont des garçons

NATIONALITE :
Par définition, les candidats du PJEF sont de nationalité autre que française

Chaque année, environ 60% des manuscrits arrivent du « continent noir » (Afrique, Haïti, Les Comores, Madagascar), le pays en tête étant, chaque année, le Cameroun. A l’intérieur de cette constante, les variations sont cependant très grandes et sans doute liées aux évènements politiques des différents pays.
En 2008, 66 manuscrits nous sont parvenus du Cameroun ( en 2004 ils étaient 108)
28 du Congo (alors que la participation était tombée à moins de 10 ces dernières années)
24 de Côte d’Ivoire (alors que l’an dernier ils n’étaient que 6)

Les pays « arabes », (Maghreb, Liban, Turquie…) marquent cette année une progression avec 21 textes venant d’Algérie et 13 d’Iran ( une première).

Les manuscrits venant d’Asie (Vietnam, Chine…) sont toujours une infime minorité.

Ceux des pays francophones du Nord (Canada, Belgique et Suisse ), en particulier ceux du Canada sont moins nombreux que par le passé : ils ne représentent qu’environ 10% des manuscrits reçus.

Les autres pays, en particulier les pays d’Europe de l’Est, progressent chaque année mais envoient chacun peu de manuscrits.