Plan du mémoire :
I - LE PARADOXE D’UN DOUBLE ANCRAGE LOCAL ET INTERNATIONAL
1. L’ASSOCIATION, SON ORIGINE ET SON FONCTIONNEMENT
A. Du Prix du Jeune Ecrivain au Prix du Jeune Ecrivain Francophone
B. Le fonctionnement de l’association
2. AU-DELA DES PRIX LITTERAIRES, LES ACTIONS CULTURELLES LOCALES ET INTERNATIONALES
A. Un pôle culturel local
B. Les ateliers d’écriture de Lombez
C. Le Prix des Cinq Continents de la Francophonie
3. LA VISIBILITE DE L’ASSOCIATION AU VU DE SA DUALITE : COMMUNICATION ET PARTENARIAT
II - LE CHOIX DE LA SEPARATION ENTRE FRANCAIS ET FRANCOPHONES, UN DEBAT DE LA FRANCOPHONIE MONDIALE ILLUSTRE A L’ECHELLE DU PJE
1. HISTOIRE ET NIVEAU DE LANGUE, ESSAI DE DEFINITION ET MISE EN CONTEXTE
2. DES REALITES DIFFERENTES ET INCOMPARABLES QUI NECESSITENT DEUX PRIX, LES PARTISANS DE LA LITTERATURE FRANCOPHONE
3. UNE MEME LANGUE POUR UNE MEME AIRE CULTURELLE, LES PARTISANS DE LA LITTERATURE D’EXPRESSION FRANCAISE
CONCLUSION
On peut concevoir qu’il existe deux prix pour l’équité entre pays de niveaux socio-économiques différents, ainsi que pour la reconnaissance à part entière des entités francophones. Cependant la citation d’Alain Mabanckou appliquée aux jeunes nouvellistes montre que c’est aux Français de s’intégrer à l’ensemble des auteurs francophones. L’Association qui, ancrée dans un territoire régional, s’adresse aux amateurs et amoureux de la langue française du monde entier en est un vivant exemple. En réunissant les deux prix, l’association arriverait peut-être à mieux concilier sa vocation d’animateur local à celle d’acteur international : un prix unifié du Jeune Ecrivain Francophone deviendrait alors le prétexte et le noyau central de l’organisation des cercles de lectures et autres activités spécifiquement francophones et pourrait renforcer le pôle d’action de rencontre et d’échange interculturel déjà existant. La résolution de l’écart qui sépare le PJEF, partenaire du grand Prix des Cinq Continents de la Francophonie, du PJE, animateur local durant les mois d’été, permettrait enfin une meilleure gestion interne, une meilleure répartition des tâches. En effet, l’importance des bénévoles tant sur le plan quantitatif qu’en terme d’importance dans les prises de décisions entraîne une certaine imprécision car chacun participe selon son temps libre et sa disponibilité, sans véritablement avoir de domaine d’action privilégié. De même, les trois employés de l’association sont sous la responsabilité d’un ou deux bénévoles et n’ont pas une vision globale de l’activité.
Malgré tout, en accompagnant les membres de l’association au quotidien, j’ai pu découvrir "le terrain" et assister à des événements importants de l’association comme un entretien d’embauche ou encore la réalisation du planning ; et réaliser ainsi l’immensité et la qualité de la tâche menée par l’équipe du PJE. Ce qui, selon moi, constitue un apprentissage important pour ma future vie professionnelle et tient aussi à l’objectif de l’étude de cas. Un autre apport majeur dans ma formation a été la réalisation puis la mise en forme et la synthèse des entretiens réalisés. Cet exercice m’a permis également de cerner plus précisément cette notion floue de "francophonie littéraire" et donc de mieux appréhender mon sujet. La Francophonie littéraire, c’est en effet un monde à part entière, et selon Jean-Marie Borzeix, conseiller du président de la Bibliothèque Nationale de France et président du festival des Francophonies en Limousin : "Etre écrivain francophone, c’est d’emblée, si on le souhaite, appartenir à un milieu [...] ; réseau d’associations, de libraires, de festivals..." Grâce au prix, Valérie Cachard a par exemple été contactée pour participer à un recueil de nouvelles libanaises francophones consacré à la ville de Beyrouth, suite à sa participation au PJEF. Le choix de l’association de distinguer ses deux prix littéraires lui permet de profiter des possibilités offertes par ce milieu, bien mieux que ne le pourrait un Prix du Jeune Ecrivain unique, déjà tenté par le passé et qui excluait pratiquement toute candidature francophone. Au contraire, un seul Prix du Jeune Ecrivain Francophone intégrerait encore mieux les auteurs français à ce réseau vaste et fécond. Ce choix qui s’inclut dans un débat plus général sur les littératures francophones recouvre également d’autres enjeux.
La question du classement en librairie illustre bien ce phénomène. D’ailleurs on retrouve ici les arguments de chaque partie : les défenseurs de la littérature de langue française refusent la classification géographique au profit de la seule classification linguistique, mettant dans les mêmes rayons des libraires les ouvrages des auteurs français et francophones, comme c’est la règle dans les espaces anglophones ou hispanophones. L’écrivaine Anna Moï s’inquiète par exemple de retrouver ses ouvrages au rayon Viêt-Nam alors que son prochain roman va se dérouler en Normandie. Cet exemple met l’accent sur le point aveugle de cette classification. Les partisans de cette séparation oublient de distinguer sujet abordé et pays d’origine, croyant à cette correspondance supposée. A l’inverse, des arguments plaident toutefois en faveur d’une signalisation par aire géographique, dans la mesure où elle permet de donner aux auteurs une vitrine et ainsi de créer un chaîne d’intérêt. Ce choix de distinguer les auteurs francophones - au sens de non français - de leurs collègues français offre sans doute, comme le souligne Jean-Marie Borzeix, un moyen de créer un mode d’appartenance propre et dont profite l’association.